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Manifeste Kwemou

Le monde n'a jamais été aussi connecté. Et nous n'avons jamais été aussi seuls.

Une personne sur six dans le monde souffre de solitude. Selon l'Organisation mondiale de la santé, elle cause cent morts chaque heure.

« La solitude est lucrative », écrivait Scott Galloway en 2025. Des plateformes font payer à des millions de personnes l'illusion d'un lien : un message, une attention, un visage derrière un écran. On loue aujourd'hui ce que nos grands-mères donnaient pour rien : une place à table.

Nous sommes les enfants du départ.

Nous sommes partis pour étudier, pour travailler, pour vivre mieux. Nous sommes à Lyon, à Montréal, à Bruxelles, à Houston, à Johannesburg, à Dakar loin de notre village. Nous avons emporté nos noms, nos accents, nos plats du dimanche.

Mais nos enfants grandissent dans des villes où personne ne connaît le nom de leur grand-père. À chaque génération, une langue s'efface, une recette s'oublie, un proverbe se tait. On ne perd pas sa culture d'un coup. On la perd un dimanche après l'autre, sans s'en rendre compte.

Nous savons nous organiser.

Nos tontines et nos njangis font vivre des familles entières. Nos associations de ressortissants construisent des puits, des écoles et des dispensaires au village. Quand l'un de nous meurt loin de chez lui, nous cotisons pour le ramener à la terre de ses ancêtres.

Nous savons nous organiser pour enterrer nos morts.

Pas encore pour élever nos enfants ensemble.

D'autres l'ont compris avant nous.

Chaque mois, des centaines de milliers d'enfants juifs reçoivent un livre qui leur raconte leur histoire. Le samedi matin, les enfants des diasporas chinoise, tamoule ou hongroise vont à l'école de leur langue. Depuis 1938, des mères afro-américaines réunissent leurs enfants dans des centaines de sections, pour qu'ils grandissent fiers et entourés.

Ces familles ne sont pas plus riches que nous. Elles se sont organisées autour de leurs enfants.

Nous disons qu'il faut tout un village pour élever un enfant.

Puis nous avons quitté le village. Et nous avons confié à l'école, aux écrans et au hasard ce que le village faisait : transmettre.

Kwemou, c'est le village qui revient.

Kwemou veut dire le rassemblement de tous les enfants.

Des familles organisent une sortie, un week-end, un dîner, un voyage. D'autres familles les rejoignent, dans leur ville ou là où elles passent. Les enfants se rencontrent, puis se retrouvent, puis grandissent ensemble. En vrai, pas derrière un écran.

Ce que nous croyons

  • Un enfant qui connaît d'où il vient sait mieux où il va.
  • Une culture ne se visite pas une fois par an. Elle se vit, ensemble, souvent.
  • Il n'y a pas une Afrique. Il y en a cinquante-quatre, et des milliers de langues. Kwemou ne les mélange pas : il les fait se rencontrer.
  • Un enfant de Douala et un enfant de Lyon ont plus en commun qu'ils ne le croient. Il suffit qu'ils se rencontrent.
  • La fierté n'est pas du folklore. Elle est d'aujourd'hui.

Ce que nous préférons

  • La table partagéeplutôt quel'écran partagé
  • La famille qui accueilleplutôt quel'application qui facture
  • Le « nous »plutôt quele « chacun pour soi »
  • La confianceplutôt quela vitesse
  • Une vraie rencontreplutôt quemille messages

Ce que nous promettons

  • Protéger les enfants avant tout.Ils n'ont pas de compte, et rien n'est public sur eux.
  • Ne jamais vendre vos données.Elles restent les vôtres.
  • Ouvrir la porte à toutes les familles africaines,en Afrique comme dans la diaspora.
  • Garder l'âme de chacun de nos pays,une langue, un plat, un proverbe à la fois.

Ce n'est pas une application qui nous rassemblera. C'est nous.

Une famille qui invite. Une famille qui vient. Des enfants qui se reconnaissent.

Que nos enfants grandissent ensemble.

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